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Base64, c'est quoi, et d'où sort cette longue suite de caractères ?

Reconnaître une chaîne Base64, la retransformer en fichier ou en envoyer une

Vous avez ouvert le code source d'un e-mail ou copié quelque chose sur une page web, et vous voilà devant un bloc de lettres et de chiffres qui s'étire sur des lignes entières : "data:image/png;base64,iVBORw0KGgoAAAANSUhEUg…". Ou bien un développeur vous a demandé d'"envoyer le logo en base64" et vous ne voyez pas bien ce qu'il attend. Les deux situations relèvent de la même chose, et aucune n'a de quoi inquiéter.

En deux mots : Base64 est une façon de réécrire un fichier uniquement avec des lettres, des chiffres et deux ou trois signes. Autrement dit, cette longue suite est le plus souvent l'image ou le document lui-même, simplement versé dans des caractères lisibles. Vous verrez ci-dessous comment la reconnaître, pourquoi elle ne cache rien, pourquoi elle alourdit les fichiers et comment retrouver un fichier à partir d'elle.

Où la rencontre-t-on le plus souvent ?

Personne ne lit du Base64 volontairement : on le voit quand on regarde l'envers du décor. Les ordinateurs s'en servent pour faire passer des images et des documents par des canaux prévus pour transporter du texte seulement. L'e-mail en est l'exemple le plus ancien : les premières messageries ne savaient transmettre que du texte brut, si bien que les pièces jointes sont encore converties en texte pour le voyage. Vous ne le remarquez pas, car votre messagerie les reconvertit en coulisse avant de vous les montrer.

  • Dans Gmail, ouvrez un message, ouvrez le menu à trois points placé en haut à droite du message et choisissez "Afficher l'original" : à la place des pièces jointes s'étalent de longs blocs de ce genre
  • Dans Chrome, Ctrl+U (Commande+Option+U sur Mac) affiche le code source de la page ; les petites icônes et les logos y apparaissent souvent sous forme de lignes commençant par "data:image/…;base64,"
  • Clic droit sur une image, puis "Copier l'adresse de l'image" : sur certains sites, c'est cette longue chaîne qui arrive dans le presse-papiers au lieu d'une adresse
  • Dans le fichier de réglages d'une application ou dans un exemple de code qu'on vous a transmis, sous la forme d'une longue ligne entre guillemets

Base64 n'est pas un chiffrement

Parce qu'il paraît illisible, on prend souvent le Base64 pour une protection. Ce n'en est pas une. Ses règles sont publiques, et pour revenir au texte d'origine il ne faut ni clé, ni mot de passe, ni autorisation. Le mot "Bonjour" devient "Qm9uam91cg==" en Base64, et n'importe qui ayant cette chaîne retrouve "Bonjour" en une seconde avec un outil gratuit.

Deux conséquences pratiques. D'abord, si quelqu'un vous envoie un mot de passe ou un numéro d'identité en affirmant l'avoir "caché en Base64", considérez qu'il a été envoyé en clair. Ensuite, convertir vos propres données personnelles en Base64 avant de les déposer quelque part ne les protège pas. Ce qui doit rester confidentiel doit passer par un vrai verrou : mot de passe sur le fichier, ou connexion chiffrée.

Le Base64 ne fait que changer la forme des données : pas un seul octet n'est perdu, modifié ou dissimulé. Une photo convertie en Base64 puis reconvertie est identique à l'originale, sans aucune perte de qualité.

Trois octets entrent, quatre caractères sortent

Tout fichier, sur un ordinateur, est une longue rangée de petits nombres appelés octets. Le Base64 les prend trois par trois. Trois octets côte à côte font 24 zéros et uns, que le Base64 découpe en quatre morceaux de six chiffres. Six chiffres binaires permettent d'écrire 64 valeurs différentes : chaque morceau correspond donc à un caractère pris dans une liste de 64, faite de majuscules, de minuscules, de chiffres et de deux signes, + et /.

Le schéma ci-dessous suit les trois octets du mot "Ami" jusqu'à ce qu'ils deviennent "QW1p". Tous les fichiers passent par la même machine : photo, PDF ou chanson, peu importe. Quand la fin d'un fichier ne se divise pas exactement par trois, le vide est comblé par un ou deux signes =, ce qui explique que certaines chaînes Base64 se terminent ainsi.

Les trois octets du mot Ami écrits en 24 bits, découpés en quatre groupes de six bits puis transformés en caractères QW1p
Chaque groupe de trois octets devient quatre caractères : voilà pourquoi la hausse est toujours la même.

De combien votre fichier va-t-il grossir ?

Puisque trois octets donnent quatre caractères, tout ce qui passe en Base64 grossit d'environ un tiers, soit 33 %. Ce n'est pas une estimation : cela découle directement de la méthode. Le type de fichier, son contenu ou le logiciel utilisé n'y changent rien.

Les pièces jointes d'e-mail grossissent un peu plus. Les normes de messagerie imposent des lignes de 76 caractères au maximum ; un retour à la ligne est donc ajouté tous les 76 caractères, et la hausse totale atteint environ 37 %. Cela explique une plainte fréquente : "mon fichier était sous la limite, et pourtant le message n'est pas parti". La limite de votre messagerie peut s'appliquer à la taille encodée. Vérifiez le chiffre exact sur la page d'aide de votre fournisseur et gardez cette marge pour les fichiers proches de la limite.

Fichier d'origineEn Base64En pièce jointe (avec retours à la ligne)
Logo de 30 Ko40 Koenviron 41 Ko
Photo de 1 Moenviron 1,33 Moenviron 1,37 Mo
Document de 3 Mo4 Moenviron 4,1 Mo
Présentation de 10 Moenviron 13,3 Moenviron 13,7 Mo

Lire le début de la chaîne pour savoir ce qu'elle contient

Une ligne qui commence par "data:" se compose de quatre parties, et les trois premières se lisent presque comme du français. "data:" signifie qu'il ne s'agit pas d'une adresse internet mais des données elles-mêmes. Vient ensuite la nature du contenu, par exemple "image/png" : image veut dire une image, application/pdf un document PDF. ";base64," indique le procédé. Tout ce qui suit la virgule, c'est le fichier.

Une chaîne Base64 nue, sans "data:" devant, se reconnaît aussi : chaque type de fichier commence par des octets fixes, et ces octets donnent toujours les mêmes lettres en Base64. Comparez les premiers caractères avec le tableau : la plupart du temps, vous saurez ce que vous avez sans rien ouvrir.

Si la chaîne commence parElle contient très probablement
iVBORw0KGgoune image PNG
/9j/une photo JPG
R0lGODune image GIF
UklGRune image WEBP (plus rarement un fichier audio ou vidéo)
PHN2Zy ou PD94bWwun dessin SVG ou un autre fichier XML
JVBERi0un document PDF
UEsDBune archive ZIP ; les fichiers Word et Excel commencent aussi ainsi

Retransformer la chaîne en fichier

S'il s'agit d'une image (l'une des cinq premières lignes du tableau), collez la ligne entière dans l'outil Du Base64 vers l'image. Inutile de retirer la partie "data:" ou les guillemets autour. L'outil affiche aussitôt un aperçu, et le bouton de téléchargement enregistre l'image avec la bonne extension, déterminée d'après les premiers octets des données décodées et non d'après l'étiquette du début.

S'il s'agit de texte, par exemple une courte chaîne trouvée dans les réglages d'une application, utilisez l'outil Convertir entre texte et Base64 en réglant le sens sur "Décoder — du Base64 vers le texte". Si le résultat n'est pas un texte lisible, l'outil le dit clairement : c'est qu'il s'agit en réalité d'un fichier.

Une limite, en toute franchise : les outils de ce site ne reconstruisent pas de fichier PDF, ZIP ou Word à partir de Base64. Si le tableau indique un PDF ou une archive, le plus simple est de demander le fichier à l'expéditeur en pièce jointe normale. Et attention en copiant : un seul caractère manquant suffit à rendre le fichier illisible, alors sélectionnez tout, y compris les signes = de la fin.

Quand un développeur vous dit "envoie-le en base64"

La demande concerne en général un petit fichier à intégrer dans un site, une application ou un modèle d'e-mail. Avant d'envoyer quoi que ce soit, posez une seule question : "Vous voulez un data URI ou du Base64 brut ?" Le premier commence par le préfixe "data:image/png;base64," et se colle directement dans une page ; le second n'est que la partie encodée, sans préfixe.

Pour une image, prenez l'outil De l'image vers le Base64 : choisissez l'image, sélectionnez le format demandé dans "Format de sortie" et cliquez sur Convertir en Base64. Vous obtenez un fichier .txt par image. Pour un PDF, une police ou tout autre fichier, l'outil Du fichier vers le Base64 fait la même chose quel que soit le type, avec en option une coupure des lignes à 76 caractères pour l'e-mail.

Envoyez le fichier .txt téléchargé en pièce jointe plutôt que de coller le long texte dans WhatsApp ou une autre messagerie. Les longs messages peuvent y être coupés ou raccourcis, et si votre correspondant reçoit un morceau incomplet, le fichier ne s'ouvrira pas du tout. Rien n'est téléversé : ces outils travaillent dans votre navigateur, sur votre propre téléphone ou ordinateur.

Questions fréquentes

Peut-on décoder du Base64 ?

Oui, toujours, et tout le monde le peut. Il n'y a ni clé ni mot de passe, les règles sont publiques. C'est pourquoi une information en Base64 ne doit jamais être considérée comme secrète.

Convertir une image en Base64 fait-il baisser sa qualité ?

Non. Le Base64 recopie les octets du fichier tels quels dans des caractères, et le décodage redonne un fichier identique à l'original. Seule la version texte prend environ un tiers de place en plus.

Le long texte dans le code source de mon e-mail, est-ce la pièce jointe ?

Très probablement. Les pièces jointes sont converties en Base64 pour l'envoi, puis votre messagerie les reconvertit. Le bloc visible dans le code source est le texte qui transporte la pièce jointe ; dans l'affichage normal, elle apparaît simplement comme un fichier.

Une chaîne Base64 peut-elle contenir un virus ?

Le Base64 n'est qu'un emballage : le fichier qu'on y a mis ressort tel quel au décodage. Si vous décodez une chaîne venue d'un inconnu et ouvrez le résultat, soyez aussi prudent qu'avec n'importe quelle pièce jointe.

Le Base64 réduit-il la taille d'un fichier ?

Bien au contraire, il l'alourdit. Si le poids compte, réduisez d'abord le fichier lui-même, par exemple avec l'outil Compresser une image pour une photo, puis passez-le en Base64.

Dernière mise à jour : 12 octobre 2026

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